Extrait de l'introduction :
«C’est
une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers
jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et
juste, une lutte indispensable ». Lorsque le Premier ministre
congolais Patrice Lumumba prononce ces mots devant le roi des Belges, le
jour de l’indépendance de son pays en 1960, ce n’est pas seulement au
nom du Congo et de son peuple qu’il s’exprime. Lui, le nationaliste
fougueux, le panafricaniste convaincu, l’anticolonialiste au verbe
puissant parle sans conteste au nom de tous les peuples colonisés
d’Afrique, ceux qui ont déjà relevé la tête comme ceux qui s’apprêtent à
le faire. Et, au-delà de la Belgique, c’est à toutes les puissances
coloniales qu’il s’adresse.
Car, loin des idées reçues d’une
décolonisation sans combats ni sacrifices, les mots de Lumumba valent
pour toutes les colonies d’Afrique qui, du début des années 1950 jusqu’à
l’aube des années 1990, se sont engagées, chacune à leur manière, dans
une lutte pour la dignité et la liberté.Certes, nombre de passations de
pouvoir se sont faites sans heurt ni effusion de sang. Mais elles ne
peuvent faire oublier celles qui ont été gagnées de haute lutte, les
armes à la main. Et si toutes les colonies n’ont pas connu le feu, elles
ont toutes connu le sang et les larmes. La répression n’a épargné
presque aucun territoire africain, prouvant que le vent de la révolte a
toujours soufflé contre l’ordre colonial.
L’histoire des
indépendances africaines ne peut pas se réduire à des négociations et à
des calendriers politiques, souvent décidés par les métropoles.
L’histoire des indépendances est d’abord celle d’une lutte de longue
haleine, ample et sourde, tout à la fois politique, culturelle,
religieuse et syndicale. Le combat pour l’émancipation fut une lutte
pour accéder à l’éducation, pour se sortir de sa condition, pour faire
valoir ses droits, pour comprendre le système colonial et dénoncer ses
injustices, pour entraîner son peuple vers la liberté. Les parcours des
leaders des indépendances, de Kwame Nkrumah à Samora Machel, de Sékou
Touré à Julius Nyerere, en passant par Nelson Mandela, témoignent de ce
combat de tous les instants.
En Afrique subsaharienne francophone, la
décolonisation fut pacifique, dit-on. C’est vrai en partie. Mais
n’oublions pas que le système colonial français, fondé sur le principe
de l’assimilation des élites colonisées, ne favorisait pas la lutte
frontale.
Pour toutes ces raisons et afin que chacun puisse se faire
sa propre opinion en cette période de réflexion sur le bilan des
indépendances africaines, il nous a paru primordial de revenir aux
faits, de montrer la diversité des situations sur un continent loin
d’être uniforme, de donner la parole aux acteurs de cette période si
riche. Avec le souci permanent de la pédagogie et loin de toute idée de
polémique, cet ouvrage s’attache avant tout à raconter l’histoire d’un
mouvement passionnant dont les conséquences se font encore sentir
aujourd’hui.
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