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Extrait de l'introduction :
Métis, métisse, métissage : de quoi parle t-on ? D’emblée, le métissage renvoie à la mixité, il évoque le mélange avec l’autre, il raconte l’aventure humaine tissée de rencontres, celles qui jalonnent l’histoire des peuples et celles qui nouent l’histoire d’une vie. Le métissage concerne ainsi autant les individus que les cultures et les sociétés.
Au cours des dernières années, la notion de métissage a essaimé, investi les représentations collectives et s’est imposée comme une évidence dans le langage courant. Avant cela, le phénomène était tabou dans bon nombre de pays, accusé de dégénérer l’essence de la culture nationale, voire d’avilir la race. On lui attribuait toutes sortes de maux psychiatriques, allant de la schizophrénie à la psychopathie : les Métis étaient forcément déracinés, apatrides ou perdus. Puis on a vu les étiquettes sur le métissage évoluer à la fin des années 1970. Actuellement élevé au rang de valeur par certains intellectuels et certains artistes, récurrent dans les médias, exploité dans les discours politiques, particulièrement depuis les dernières élections présidentielles où la « France métissée »fut présentée par les deux principaux candidats comme un enjeu d’avenir, le métissage est devenu un concept en vogue. Parallèlement à cet engouement, et l’on pourrait penser paradoxalement, la question de l’identité nationale fait débat, car demeure celle de la véritable intégration des cultures et des identités différentes issues de l’immigration.
De fait, dans la société française multiculturelle, le métissage concerne de plus en plus de personnes, reliées au moins à deux cultures par leur histoire personnelle, qu’il s’agisse de personnes issues de l’immigration, originaires d’Outre-mer ou d’enfants métis nés de couples mixtes.
Pour elles, le métissage est une expérience individuelle qui suscite des interrogations. En effet, la condition métisse questionne la relation avec l’autre, la transmission, l’héritage culturel, l’identité ethnique. Se vit-elle comme un déchirement ou, au contraire, comme une formidable chance ? Faut-il y voir un appauvrissement ou un enrichissement ? Comment concilier des hérédités plurielles en une identité ? Le Métis est-il un être sans attaches, errant dans l’entre-deux de ses origines ? Comment la société le perçoit-elle ?
Au niveau collectif, le métissage interroge la perception de la diversité culturelle. Dans le monde actuel où les échanges culturels s’intensifient et les frontières se font plus poreuses, le métissage annonce-t-il une uniformisation, une dilution des cultures régionales dans un tout global et hégémonique ? Comment concilier multiculturalisme et particularismes identitaires ? Et plus particulièrement en France, comment le lien social intègre-t-il les phénomènes de métissage ?
Autant de questions que suscite le métissage, notion complexe, ambivalente, évolutive. Autant d’interrogations qui poussent à explorer plus en profondeur le métissage en France.
Nous avons fait le choix d’aborder ces questions notamment sous l’angle du métissage entre Noirs et Blancs. Non seulement parce que, dans les représentations communes du métissage, le Métis Noir/Blanc en est l’archétype (le fameux « café au lait »), mais surtout parce qu’il cristallise les problématiques majeures autour du métissage : la mémoire de la violente histoire de l’esclavage et de la colonisation, la hiérarchisation des cultures, les rapports de domination interculturelle. Or ces tensions, toute personne qui vient de l’Outre-mer ou d’Afrique, ou qui baigne dans la culture africaine ou antillaise, est susceptible de les rencontrer au sein d’une société française qui doit elle-même revenir sur son histoire.
Cet ouvrage propose donc des éléments de réponses et des pistes pour aborder le métissage, réalité incontournable de la société française et concept nécessaire pour saisir les enjeux identitaires à l’oeuvre dans le monde actuel.
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