Extraits de l'ouvrage :
"Moyennement satisfait de ce que j’avais réalisé sur le plan professionnel depuis vingt ans, je cherchais une occasion d’évoluer. Je voulais faire un break. Après tant d’années passées à coordonner les travaux de bâtiment sur des chantiers, je rêvais de nouveaux horizons. Une amie m’a dit un jour : « L’important, c’est de monter dans le train, et non forcément de connaître la destination. » Je ne suis pas monté dans un train, mais à bord d’un bateau, et j’ai attendu de connaître la destination…" Page 16.
"Dimanche 31 octobre : 13h 02. Le départ de la course est prévu deux petites minutes après l’heure pile, pour qu’il puisse être retransmis sur les chaînes de télévision. En Guadeloupe, il sera 8 h 02. Il y a quatre-vingt-cinq bateaux au départ. […]
À mon grand étonnement, il n’y a ni coup de pistolet, ni coup de canon pour marquer le départ. Il faut se baser sur l’heure de sa montre… Alors que l’heure approche, je ne cesse de regarder la mienne. Lorsqu’elle marque 13 h 00, je sens une décharge d’adrénaline monter. Il ne reste que deux petites minutes avant le top départ. Bon Dieu que c’est long et court à la fois ! Je regarde le cadran de ma montre toutes les vingt secondes. Vais-je partir au bon moment ? Ma montre est-elle vraiment bien calée sur celle des organisateurs ? Les doutes m’assaillent. Suis-je vraiment là où je suis ? Sur ce bateau, au départ d’une des courses à la voile les plus mythiques ? Au départ pour rejoindre ma Guadeloupe tant aimée ? 13h 01… Plus qu’une minute, plus qu’une poignée de secondes, plus qu’une seconde. Ça y est, ça y est ! 13h 02 ! " Pages 52-53.
"Au bout de cinq jours, j’ai tout à fait trouvé mon rythme. J’arrive à dormir cinq à six heures par nuit. J’ai choisi de dormir sans réveil. Je me réveille naturellement toutes les demi-heures à peu près. Je ne veux pas forcer mes réveils pour pouvoir me reposer. À chaque fois que j’ouvre les yeux la nuit, je me force à me lever, à effectuer un contrôle visuel autour du bateau et vérifier les réglages des voiles." Page 63.
"Cela fait une semaine que je suis dans cette zone de grand calme. […] Psychologiquement, cela devient difficile à gérer. Je n’ai plus envie de manger ni même de me laver. Il faut vraiment que je me force à accomplir ces tâches quotidiennes. Sans parler de l’insolence de ce temps splendide qui plombe mon moral. Ce bleu pur du ciel que je ne supporte plus.
J’ai cependant un léger espoir. Les prévisions annoncent le retour du vent à 10 noeuds environ. […] Il y a un peu de vent en matinée et les voiles retrouvent un peu de vie. À midi, pourtant, le bateau s’arrête à nouveau. Lorsque je le sens s’immobiliser, mes nerfs lâchent. Je n’en peux plus, je craque. Je me mets à hurler, à pleurer, à injurier ce bateau qui ne veut plus avancer. Je sors de ma cabine et crie mon désespoir à la face de l’océan. Mais, bon Dieu, quand est-ce que ce foutu vent va revenir ? Je n’en peux plus d’être là, ballotté comme une coquille de noix. Après une bonne demi-heure de cris de rage, je me calme." Page 72.
" Terre à l’horizon ! Nous sommes le 23 novembre, il est 16 h 12. C’est l’île de la Désirade, à l’est de la Guadeloupe, que je viens d’apercevoir. Quel plaisir de voir un bout de terre après plus de trois semaines de traversée de l’Atlantique ! J’y suis presque, à la maison !
Peu de temps avant, un petit avion m’a survolé à très basse altitude. Un prélude à mon retour à la civilisation. J’appelle mon épouse pour lui dire qu’enfin l’horizon a fait apparaître une bande de terre. Le vent est bon (20-25 noeuds), je laisse la Désirade à ma gauche en voguant à bonne vitesse. Je décide de mettre en marche mon téléphone portable local. Bonne nouvelle : il y a du réseau et déjà beaucoup de messages de bienvenue en provenance de la Guadeloupe ! " Page 79.